Interview de Pascal Nègre (Universal Music) : de la vision du métier dans la musique et dans le vin

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Interview de Pascal Nègre (Universal Music) : de la vision du métier dans la musique et dans le vin

« [mon] métier aujourd’hui, c’est de vendre des disques et des téléchargements. Demain, ce sera que ce soit écouté. »

Voilà une déclaration faite par Pascal Nègre, président d’Universal Music dans une interview au « web-journal » OWNI.  Vous pouvez lire ici l’interview complète.

J’ai à dessein choisi cette phrase comme thème du premier article consacré aux parallèles entre musique et vin.

Comment comprendre cette déclaration? De mon côté, je la prends au premier degré : nous avons jusqu’à présent pu « écouler » de la musique sans trop de problème, que ce soit sur un support physique ou numérique (téléchargement). Mais demain, pour que cette musique soit écoutée il faudra en faire plus.

Cela semble au départ un peu bizarre : si elle est achetée, la musique est forcément écoutée, non?
Je ne pense pas. Avec la dématérialisation de la musique (mp3 et Napster pour les plus vieux, Itunes, Deezer ou Spotify aujourd’hui), la quantité de musique dispononible est désormais illimitée. En quelques années nous sommes passés d’un achat d’un bien physique (vinyle, cassette, CD) à une consommation d’un FLUX . Ou plus exactement à la mise à disposition permanente d’un flux musical, à titre gratuit ou onéreux. Conséquence? Ce flux est devenu en grande partie un agrément, un plaisir soumis aux règles du zapping : je passe en un clic d’un morceau de mon groupe préféré sur une plateforme d’écoute en ligne à une vidéo sur Youtube ou une application sur mon smartphone.

Fini le temps où, de par son prix et sa « matérialité », l’achat était nécessairement suivi d’une ECOUTE attentive, le casque sur les oreilles, le livret entre les mains pour découvrir les paroles, voire parfois l’accrochage au mur de la pochette (ce qui était plus joli pour un 33 tours qu’un CD, je vous l’accorde!)

Comment en faire plus demain? On sait que pour de nombreux artistes aujourd’hui, les ventes de CD sont devenus quasiment des accessoires, et que ce sont les concerts qui sont désormais les « money makers ».

Et le vin dans tout cela? Pour paraphraser Pascal Nègre, je dirais « le métier d’un vigneron sera demain de faire que ses vins soient DEGUSTES, et non pas vendus ». C’est à dire presque faire le chemin inverse de celui de l’industrie musicale : passer d’une logique d’écoulement d’un flux à celui d’établissement d’une relation poussée avec ses consommateurs.

Bien entendu, cette relation producteur-consommateur sera protéiforme : émotionnelle et physique tout d’abord (gustative, sensorielle), et évidemment et de plus en plus relationnelle. Internet au sens large jouera forcément un rôle dans la construction de cette relation. Je pense par exemple à un support comme le QR Code qui permet avec des moyens simples (je milite pour les moyens simples!) de faire passer des messages, d’expliquer son travail en amont, de montrer les coulisses ou la genèse d’un vin.

Et vous, pensez vous qu’il faudra demain aller plus loin pour qu’un vin soit dégusté et non plus tout simplement bu?

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